le 16 h 35

C’est un souvenir que l’on évoque souvent entre gars qui avons fréquenté les Casernes entre 1965 et 1968.


Cette école ne peut ignorer le train. D’une manière ou d’une autre il faut couper la voie ferrée pour parvenir à l’école. Trois accès étaient possibles, le passage à niveau du Pré de Foire, le passage à niveau des Cordeliers qui à cette époque existait encore et enfin la passerelle aérienne. Cette dernière était la voie privilégiée, certains n’hésitant pas à faire un grand détour pour avoir le bonheur de la franchir.
Le moment le plus attendu était la sortie du soir.

En effet, le Bourg-Saint-Maurice / Chambéry devait faire 16 h 35 en gare de Moûtiers. Quelques premières locos diesel avaient fait leur apparition mais les locos vapeur restaient les plus utilisées et c’était le cas de notre 16 h 35.
Comme si nous avions réellement un train à prendre nous attendions avec impatience la sonnerie de 16 h 30 pour nous précipiter au sommet de la passerelle et attendre l’arrivée de la locomotive. Une hiérarchie s’imposait : les plus grands au centre et les plus jeunes s’entassant à la périphérie. Le conducteur apercevant une grappe de gamins juchés sur la passerelle actionnait le puissant sifflet et nous disparaissions dans un nuage de fumée au goût de charbon.


On peut concevoir que pour celui qui n’a point vécu cela, c’est le type même du non-événement ! Certes, mais dans notre nuage de fumée, nous étions presque plus heureux que si l’on nous avait emmenés chez Pierrot du Bazar voir les petits trains électriques. Nous étions au moins Gabin dans la Bête humaine.
Cette fumée odorante était notre bonheur et notre trahison. De combien de réprimandes, voire de taloches, ne fut-elle point la cause. Cela ne lui donnait que plus d’importance.

JP B

 

Un grand merci à Jean-François Ducoin qui nous a transmis cette photographie prise en gare de Moûtiers en 1965, voilà donc le 16 h 35 !

 

Train de 16h35 entrant en gare 1965 003