École communale des pauvres de la ville

Les Frères de la Croix-de-Jésus, appartenant à un institut fondé dans l'Ain par le chanoine Claude Marie Bochard, vinrent à Moûtiers en 1829, et ouvrirent leur première école dans la rue du Conchon, qui n'était sans doute pas le lieu le plus approprié pour un établissement scolaire. Il est vrai que l'on ne se préoccupait guère du confort des chères têtes blondes. En 1831, les religieux enseignants s'installent dans le quartier Sainte-Marie et y restent jusqu en 1903. L’école des Frères de la Croix est désignée dans les documents comme « École communale des pauvres de la Ville », une convention ayant été passée avec le  conseil de ville en 1847.Elle tenait donc lieu d'école primaire pour les garçons. Cette école va perdre son statut communal avec la construction de l'École de l'avenue des Salines royales qui, avant de devenir l'école des filles, avaient été construite pour devenir l'école laïque des garçons. Quant au départ des frères il sera consécutif aux mesures contre les congrégations enseignantes du début du 20ème siècle. 

A Moûtiers, comme partout en France, le coup final est porté aux congrégations enseignantes par la loi du 7 juillet 1904, dont l'article 1er stipule :

« L'enseignement de tout ordre et de toute nature est interdit en France aux congrégations.
« Les congrégations autorisées à titre de congrégations exclusivement enseignantes seront supprimées dans un délai maximum de dix ans.
« Il en sera de même des congrégations et des établissements qui, bien qu'autorisés en vue de plusieurs objets, étaient, en fait, exclusivement voués à l'enseignement à la date du 1er janvier 1903.
« Les congrégations qui ont été autorisées et celles qui demandent à l'être, à la fois pour l'enseignement et pour d'autres objets, ne conservent le bénéfice de cette autorisation ou de cette instance d'autorisation que pour les services étrangers à l'enseignement prévus par leurs statuts. »

Près de 2 000 écoles furent fermées, et des dizaines de milliers de religieux qui avaient fait de l’instruction leur terrain d’action privilégié se trouvaient interdits d’exercer leur profession et confrontés au choix entre reconversion, abandon de l’état régulier, et exil. Certains se sécularisent, à l’appel des évêques, pour assurer la survie de leur œuvre, mais beaucoup choisissent la fidélité à leur vocation et donc l’exil, de préférence le plus près possible de la France, dans l’espoir d’un retour possible. Les Frères de la Croix-de-Jésus allèrent principalement au Canada.

Un bienfaiteur de la scolarisation à Moûtiers : le sénateur Bal.

Les Frères de la Croix-de-Jésus ont pu s’installer à Moûtiers grâce à Jean Marie Bal, qui est un homme de loi. Avant la Révolution, il était procureur, et le 11 février 1793 il est élu député suppléant du Mont-Blanc, mais il n'aura pas l'occasion de siéger à la Convention. Il fait partie des modérés qui jouent un rôle lorsque la Révolution arrive en Savoie, mais qui prennent leurs distances lorsque le régime de la Terreur se met en place. Cela fait que lors de la Restauration sarde, Bal occupe un poste important : juge mage du mandement de Tarentaise (responsabilité à la fois administrative et judiciaire). Retraité, il est nommé sénateur honoraire.
Jean Marie Bal est convaincu qu'il faut que Moûtiers suive le mouvement de renouveau de la scolarisation des enfants au début du 19ème siècle et, dans un premier temps, il accueille à son tour une communauté de sœurs de Saint-Joseph. Il est secondé dans son projet par Jacques Passy, un prêtre né en Faucigny, mais qui est alors curé de Moûtiers depuis huit ans.
Une décision va consolider le projet : le 5 août 1825, une bulle pontificale rétablit le diocèse de Tarentaise. Moûtiers devient donc évêché. Il reste cependant à pourvoir du nécessaire la future communauté. Jean Marie Bal offre 10000 livres, somme considérable pour l'époque, et surtout une maison qu'il possède rue Sainte-Marie, l'ancienne maison des Davallon. On sait le rôle que vont jouer ces religieuses pour la scolarisation des filles.
Quatre ans après les religieuses de Saint-Joseph, Jean Marie bal favorise donc l’arrivée des Frères de la Croix-de-Jésus qu’il héberge rue du Conchon avant de les installer rue Sainte-Marie, dans le bâtiment où les sœurs de Saint-Joseph avaient commencé leur mission.

 

 

 

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Ecole freres 1902

L'École des Frères de la Croix-de-Jésus à Moûtiers en 1902